Lorsqu’un propriétaire décède, son contrat d’assurance habitation ne s’éteint pas avec lui. Le contrat se transfère automatiquement aux héritiers, qui deviennent collectivement responsables du paiement de la prime. Cette règle, ancrée dans le Code des assurances, crée une situation où plusieurs personnes partagent une obligation financière sans toujours savoir comment la répartir.
Assurance habitation et indivision successorale : le mécanisme de transfert automatique
Le décès du souscripteur ne résilie pas le contrat d’assurance habitation. Les garanties continuent de produire leurs effets au bénéfice de la succession, et ce sont les héritiers qui en héritent avec le bien immobilier.
Ce transfert s’opère sans aucune démarche préalable des héritiers. L’assureur maintient la couverture tant qu’il n’a pas reçu de notification du décès ni de demande de résiliation. Le logement reste donc protégé pendant la période de transition.
Pourquoi le contrat survit au décès du souscripteur
L’assurance habitation est rattachée au bien, pas à la personne. Tant que le bien existe et qu’il n’est ni vendu ni partagé, la couverture reste active. Les héritiers entrent en indivision successorale sur le logement, et le contrat suit le même régime.
En pratique, les héritiers disposent d’un délai pour informer l’assureur du décès. Pendant ce délai, la prime reste due. Si personne ne paie, l’assureur peut suspendre les garanties après mise en demeure, ce qui expose le bien à un sinistre non couvert.

Qui paye la prime d’assurance habitation pendant la succession
La prime d’assurance habitation est une dépense de conservation du bien indivis. Elle protège l’immeuble contre les sinistres (incendie, dégât des eaux, catastrophe naturelle) et profite à tous les héritiers, qu’ils occupent ou non le logement. La charge doit donc être répartie entre eux.
Répartition selon les quotes-parts successorales
La répartition de la prime suit les droits de chaque indivisaire dans la succession. Un héritier qui détient la moitié des droits sur le bien doit supporter la moitié de la prime. Celui qui en détient un quart paie un quart.
Cette règle, rattachée à l’article 815-13 du Code civil, s’applique que l’héritier occupe le logement ou non. Un héritier vivant à l’autre bout du pays reste tenu de sa part.
Le cas de l’héritier qui avance la totalité de la prime
Dans la majorité des successions, un seul héritier règle la prime pour éviter une rupture de couverture. C’est souvent celui qui occupe le logement ou qui gère les affaires courantes de la succession.
Cet héritier ne perd pas son argent. Il acquiert une créance contre l’indivision et peut réclamer le remboursement des sommes avancées aux autres indivisaires. Le remboursement intervient lors des comptes de l’indivision, généralement au moment du partage définitif.
- Conserver chaque avis d’échéance et chaque preuve de paiement (virement, relevé bancaire, reçu de l’assureur) pour justifier la créance
- Adresser une demande écrite de remboursement aux co-indivisaires, de préférence par courrier recommandé, pour formaliser la réclamation
- Réclamer dans un délai de cinq ans à compter de chaque paiement, au-delà duquel la créance risque d’être prescrite
Conjoint survivant et assurance habitation : des droits spécifiques
Le conjoint survivant bénéficie d’un droit de jouissance gratuite sur le logement familial pendant un an après le décès. Ce droit, prévu par le Code civil, lui permet de rester dans les lieux sans verser d’indemnité d’occupation aux autres héritiers.
Ce droit de jouissance ne tranche pas la question de l’assurance. Le conjoint survivant n’est pas seul redevable de la prime du simple fait qu’il occupe le logement. La prime reste une charge de l’indivision, répartie selon les quotes-parts.
Distinguer protection du bâtiment et garanties d’usage personnel
Le contrat d’assurance habitation couvre deux types de risques distincts. D’un côté, la protection du bâtiment (incendie, tempête, dégât des eaux sur la structure) profite à tous les indivisaires. De l’autre, les garanties liées à l’usage personnel du logement (vol du contenu, responsabilité civile de l’occupant) ne concernent que celui qui y vit.
Si le conjoint survivant occupe seul le logement, il peut être pertinent de vérifier auprès de l’assureur si le contrat existant couvre sa responsabilité civile personnelle ou s’il doit souscrire une garantie complémentaire. Cette ventilation entre garanties collectives et garanties personnelles mérite un examen avec l’assureur pour éviter les trous de couverture.

Piège de la prescription et délais à surveiller pendant la succession
Les successions peuvent durer plusieurs années, surtout en cas de désaccord entre héritiers. Pendant toute cette période, les primes d’assurance continuent de tomber et doivent être réglées.
Le délai de cinq ans pour réclamer le remboursement
L’héritier qui avance les primes dispose de cinq ans à compter de chaque paiement pour réclamer sa créance. Ce délai court paiement par paiement. Une prime réglée en janvier 2024 doit faire l’objet d’une réclamation avant janvier 2029.
Dans les successions longues, les premières primes avancées peuvent être prescrites avant le partage. Ne pas attendre la fin de la succession pour formaliser les demandes de remboursement est le réflexe à adopter.
Le blocage entre héritiers et l’intervention du juge
Lorsqu’un héritier refuse de participer aux charges, y compris à l’assurance habitation, la situation peut se bloquer. Le risque est réel : un logement non assuré expose directement les héritiers à des conséquences financières lourdes en cas de sinistre.
En cas de blocage prolongé, le juge peut intervenir pour autoriser des mesures conservatoires, y compris la continuité de l’assurance. Cette procédure judiciaire reste un dernier recours, mais elle existe et peut débloquer des situations où un héritier fait obstruction.
Adapter ou résilier le contrat d’assurance habitation en cours de succession
Les héritiers ne sont pas contraints de conserver le contrat du défunt en l’état. Trois options se présentent selon la situation du bien.
- Maintenir le contrat existant en mettant à jour le nom du souscripteur, ce qui convient quand un héritier occupe le logement et que les garanties restent adaptées
- Adapter le contrat si l’usage du bien change (logement vacant, mise en location), car un logement inoccupé nécessite des garanties différentes et certains assureurs appliquent des exclusions sur les biens vacants au-delà de quelques mois
- Résilier le contrat si le bien est vendu dans le cadre de la succession, la résiliation prenant effet dès que la vente est finalisée
Déclarer le décès à l’assureur : le point de départ
La première démarche consiste à envoyer un courrier recommandé à l’assureur pour l’informer du décès. Ce courrier doit inclure l’acte de décès, les références du contrat et les coordonnées de l’héritier qui prend en charge la gestion.
L’assureur dispose alors d’un délai légal pour proposer un avenant ou accepter la résiliation. Les héritiers peuvent également résilier le contrat dans les trois mois suivant la notification du décès, en invoquant le changement de situation prévu par le Code des assurances.
Le coût du contrat pendant une succession longue
Pour un logement individuel, la prime annuelle d’assurance habitation varie de quelques centaines d’euros à plus d’un millier selon la surface, la localisation et le niveau de garanties. Sur une succession qui dure plusieurs années, ces primes cumulées représentent une charge significative pour l’indivision.
Comparer les offres en cours de succession est un levier concret pour réduire cette charge. Rien n’oblige les héritiers à rester chez l’assureur du défunt. Un contrat mieux adapté à la situation réelle du bien (vacant, occupé par un seul héritier, mis en location) peut générer des économies substantielles.

La gestion de l’assurance habitation pendant une succession repose sur un principe simple à retenir : la charge est collective et se répartit selon les droits de chacun. Documenter chaque paiement, formaliser les créances rapidement et adapter le contrat à l’usage réel du bien sont les trois réflexes qui évitent les litiges entre héritiers. Si votre situation nécessite un contrat adapté ou un devis actualisé, le formulaire ci-dessous vous permet d’être rappelé gratuitement par un professionnel.

